N’écouter que son coeur de parent

 

Quand on m’a annoncé le décès de mon mari dû à un accident de voiture, la première image qui m’est venue en tête était celle de nos 2 fils, alors âgés de 6 et 11 ans.

Je ne savais pas comment leur annoncer la terrible nouvelle, je ne savais pas comment j’allais pouvoir les protéger. Je n’étais pas préparée à ça. Je n’avais pas le temps, ni l’envie d’aller recueillir les avis de psychologues renommés sur la question du deuil. Je ne savais même pas que nous allions tous les 3 vivre ce que les experts appellent les étapes d’un deuil…

J’ai écouté mon instinct, mon cœur de maman. J’ai certainement aussi inconsciemment répondu à ce que mes enfants souhaitaient, sans me le dire.

Je vous livre ici ce qui m’est apparu évident, tout en me gardant bien du fait de vous dire que c’est ce qu’il faut faire. Chacun a son propre chemin à suivre, tous les deuils sont uniques, chacun le vit à sa manière et aucun jugement n’est à porter sur la façon dont un endeuillé vit ce douloureux moment.

 

Leur dire sans attendre

Dès que mes fils sont rentrés de l’école ce jour-là, je leur ai annoncé la nouvelle. Il ne sert à rien de cacher, de retarder le moment de l’annonce. Les enfants ressentent tout. Je ne voulais pas les écarter de ce qui les concernait eux aussi autant que moi.

J’avais aussi conscience que les mots employés étaient importants. Je ne voulais leur donner aucun espoir de retour. Je ne voulais pas employer les mots « papa est parti au ciel », « il s’est endormi à jamais »… La médiatisation de l’importance de dire les mots justes aux enfants avait joué son rôle inconscient dans mon esprit.

Alors je leur ai dit «  Maintenant je vais vous aimer pour deux. Papa a eu un accident de voiture. Il est mort ». C’était en effet brutal, à l’image de la situation que nous allions affronter.

 

Les associer à toutes les étapes

Je ne me suis pas vraiment posé de questions à ce sujet. Cela me semblait une évidence.

Nous sommes allés ensemble au funérarium. J’avais là aussi le souci qu’ils constatent que ce n’était pas une affabulation ou un jeu vidéo. Il n’y avait pas plusieurs vies possibles. Il n’était pas mort pour de faux.

S’ils avaient refusé d’y aller, je n’aurais pas insisté. Il était primordial pour moi que l’on se recueille tous les 3, soudés, comme la famille que nous étions et que nous continuerions à être, devant le corps de leur père. Ils avaient préparé un dessin pour le lui remettre.

Mon petit de 6 ans a trouvé cela normal et entrait et sortait de la salle où reposait son père avec beaucoup de naturel. Le grand a été choqué. Chaque âge, chaque personnalité a sa façon de réagir. On ne peut anticiper ce qu’il va se passer. On fait juste ce que l’on pense être au mieux.

Ils ont assisté tous les 2 à l’enterrement. Là aussi c’était une évidence. Une cérémonie d’adieu à leur père entouré de toutes les personnes qui étaient venus lui rendre hommage.

Je garde le souvenir d’une cérémonie où l’amour nous portait. Nous étions tellement entourés que cet amour nous donnait de l’énergie pour vivre ces moments douloureux.

Les garçons pouvaient aussi retrouver dans la famille de leur père les racines qu’ils portaient en eux. Cela représentait, je pense, un terrain rassurant pour eux. Ils venaient de voir leur monde chavirer d’un coup. Il fallait qu’ils puissent trouver des ports d’ancrage.

Ils ont assisté à la crémation. Je ne me souviens s pas leur avoir expliqué quoique ce soit. Mais je ne me souviens pas qu’ils m’aient posé la moindre question là-dessus. Peut-être qu’un membre de la famille a joué ce rôle. En tous les cas ils n’ont jamais abordé le sujet avec moi, même plus tard. S’ils l’avaient fait, j’aurai pris le temps d’échanger avec eux. Cela ne s’est pas présenté, je n’ai jamais vu l’intérêt d’expliquer par le détail ce que c’était.

 

Continuer à leur parler de leur père

Il m’a toujours semblé essentiel de continuer à parler de leur père, de ce qu’il aimait, ce qu’il faisait, ce qu’il pensait, des souvenirs qu’on avait.

Si parfois les larmes me montaient aux yeux lorsque je parlaient de lui (et, c’est encore le cas aujourd’hui), ce n’est pas grave. Ce n’est pas une faiblesse. Je le prends juste comme des larmes d’amour pour tout ce que nous avons vécu et tout ce qu’il était.

Je pense que les garçons apprécient ces moments de partage, très pudiquement. Ils savent d’où ils viennent. Ils peuvent se construire sur les bases d’un père, même s’il n’est plus là physiquement. J’ai pour habitude de dire qu’il leur faut des « re-pères ».

J’ai aussi instauré la date d’anniversaire de leur père comme un jour porte-bonheur. Le 1er anniversaire qui a suivi le décès, je leur ai dit «  aujourd’hui, c’était la date anniversaire de papa. Qu’aurait-il aimé le plus au monde ? »

Charles du haut de ses 7 ans m’a répondu «  un VTT ! ». C’était la passion de son père. J’ai éclaté de rire ! Je leur ai expliqué que leur père aurait souhaité plus que tout que nous soyons heureux et qu’en ce jour anniversaire, c’était le plus beau cadeau qu’on pouvait lui faire. Alors ce jour-là, nous n’avons pas le droit de nous chamailler, de nous prendre la tête. Nous avons « obligation » à être heureux. Nous nous prévoyons toujours quelque chose à trois qui nous fasse plaisir.

Ils se construisent principalement avec l’image d’un père n’ayant que des qualités. Mais quoi de mieux que de vouloir égaler un homme qui est devenu un héros dans leur esprit !

 

Ne pas rompre leur quotidien

J’avais conscience que les garçons devaient continuer à vivre comme ils en avaient l’habitude, autant que faire se peut.

La vie s’était arrêtée pour leur père mais pas pour eux. Je ne voulais pas rajouter à la peine en les privant de ce qu’ils aimaient faire. Je ne voulais pas rajouter au chaos en bouleversant leurs habitudes de vie.

Le lendemain du décès de leur papa était un mercredi, le jour des activités sportives pour eux. Ils sont allés comme d’habitude à leur entraînement de basket et à la piscine.

De même le lendemain de l’enterrement, ils ont participé à la fête de fin d’année de leur école. Ils sont montés sur le podium, exécuté leur petite danse et joué avec leurs camarades. Un enfant, ça rit, ça pleure. Ca vit l’instant présent. Ca ne peut pas rester dans la tristesse.

 

Je sais combien en tant que parents, nous souhaitons le meilleur pour nos enfants. Je sais combien il est difficile de faire face seul et de prendre des décisions qui auront des conséquences pour nos enfants. Face à toutes les questions que je me suis posées (ou pas d’ailleurs parce que c’était une évidence), je n’ai écouté qu’une seule chose : mon cœur de maman.

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