Le deuil et sa déferlante d’émotions

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La mort d’un être cher plonge dans la confusion. Les émotions affluent, se téléscopent et l’endeuillé est emporté dans cette vertigineuse farandole qui puise son énergie. Il est important d’identifier ces émotions pour mieux les comprendre, les accepter et les exprimer.

Je me suis appuyée sur les nouvelles études de Paul Ekman, psychologue qui a établi dans les années 70 une liste des émotions de base. Il a montré que les expressions faciales correspondent à quatre émotions universellement connues : la peur, la colère, la tristesse et le plaisir.

Je déclinerai chacune de ces émotions de base dans le cas vécu de l’endeuillé.

 

La tristesse

La première des émotions à laquelle on pense dans le cadre d’un décès est la tristesse. Elle est une réaction normale et même indispensable à la perte d’un être cher. Par le repli sur soi qu’elle impose, elle invite à faire une pause, à accueillir et à accepter le décès.

Lorsque nous éprouvons un sentiment de tristesse, nous avons souvent tendance à vivre au ralenti. Cette sensation incite à se tourner vers soi et à prendre du recul avec les tracasseries quotidiennes. Elle incite à lâcher-prise.

La tristesse sert aussi à attirer l’attention et à se faire réconforter. Elle invite à la consolation. Se consoler, être consolé permet d’alléger sa peine.

Exprimer sa tristesse par les larmes, les mots ou par des voies détournées telles que l’art permet d’éviter que la souffrance ne se fige.

 

La colère

Nous ressentons la colère quand nous avons l’impression que nous sommes agressés. Or quoi de plus violent que de perdre un proche ?

L’endeuillé peut avoir de multiples raisons pour ressentir la colère : contre le milieu médical qui n’a pas su sauver l’être aimé, contre le défunt lui-même qui l’a « abandonné », contre l’injustice de la vie, et parfois même contre lui-même ( sentiment d’impuissance ou de soulagement après une longue maladie par exemple).

La colère est une émotion difficile à reconnaître et à avouer car souvent jugée mauvaise ou perçue comme destructrice.

L’identifier et l’exprimer revêt un caractère capital car refouler la colère peut engendrer un sentiment de culpabilité chez l’endeuillé qui a retourné sa colère contre lui-même.

Elle peut aussi amener à l’isolement lorsque l’endeuillé se fâche avec ses proches.

S’autoriser à être en colère et à l’exprimer aident l’endeuillé à traverser le deuil. La colère devient un outil de défense.

La peur

La peur fait naître la volonté de combattre mais aussi de fuir.

Là encore, les raisons de ressentir la peur sont nombreuses : peur de vivre désormais seul, peur de l’avenir qui devient alors tellement différent des projections qui avaient été faites, peur de ne pas s’en sortir financièrement, peur de ne pas savoir s’en sortir.

Vivre la mort d’un proche renvoie aussi à sa propre finitude ce qui peut être source d’anxiété.

Reconnaître sa peur, la regarder en face, c’est aussi éviter de sombrer dans un état dépressif.

La joie

On parle très peu de cette émotion dans les études sur le deuil. George A . Bonanno dans son livre «  De l’autre côté de la tristesse » pose le postulat que «  puisque le sourire et le rire véritables constituent une capacité d’adaptation aux situations quotidiennes et particulièrement par rapport aux sentiments déprimants, alors nous devrions observer les mêmes bénéfices dans le deuil ».

Réhabiliter la joie comme une émotion éprouvée pendant un deuil est source de déculpabilisation pour les endeuillés.

La perte de l’être aimé ne ferme pas l’endeuillé à l’expression de ce sentiment qu’est la joie. George Bonanno parle d’oscillation entre joie et peine.

Le film Vice-versa montre comment les émotions travaillent ensemble et interagissent : la tristesse va peu à peu apparaître au cours du film comme un élément régulateur de premier plan de notre vie intérieure, jusqu’à former avec la joie un couple inséparable.

C’est la tristesse qui va aider Riley à faire à nouveau confiance en ses parents et à franchir une nouvelle étape de sa vie. C’est une illustration de l’homéostasie, c’est-à-dire la capacité d’un système à conserver son équilibre en dépit des conditions contraires.

Un endeuillé peut se sentir coupable de ressentir la joie. Il est important qu’il l’accueille comme un élément régulateur, comme un état tout à fait normal de sa vie, parce que la vie ne s’est pas arrêtée et continue à l’habiter.

 

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