Hostilité à l’expression faire son deuil

Je dis mon hostilité à l’expression « faire son deuil » depuis mon premier roman, écrit il y a bientôt vingt ans. Déjà chez Freud, dans Deuil et Mélancolie, mais surtout telle qu’on l’entend aujourd’hui dans la vulgate psychologique, cette expression signifie que ce qui a été perdu peut sinon se retrouver du moins se remplacer dès lors que le désir se réinvestit dans un nouvel objet.
Ce qui revient à dire qu’un être peut se substituer à un autre, que l’être humain est essentiellement « substituable ». je combats résolument cette idée : car l’être perdu reste éternellement perdu. C’était le sens de mon roman L’Enfant éternel, écrit après la mort de ma fille.

Philippe FOREST

Extrait de l’article « Dans les allées de la mélancolie » Philosophies magazine novembre 2004

Un commentaire

  1. Expression faire son deuil a un sens profond pour moi. Ce n’est pas l’idée d’effacer, de gommer l’être cher (en ce qui me concerne mon fils ) c’est l’idée de vivre en paix avec lui . Mon fils est décédé en juin 2009 par pendaison Enfant précoce, adulte ayant perdu ses repaires comme la plupart des enfants que l’on appelait les surdoués que l’éducation nationale ne savait pas gérer…. En tant que mère j’ai tout de suite fait mon deuil car j’ai respecter son choix sans pour autant approuver son geste. Un mal être certes, mais jamais de TS . Avant de faire le pas dans le vide il a passé un sms à mon époux, son père de coeur disant qu’il nous aimait, nous demandait pardon et disait qu’il était perdu. Il allait avoir 30 ans. Je vis en paix avec lui, je me dis qu’il est libéré d’un fardeau ingérable, nous parlons librement de lui pour que nul ne l’oublie. Je n’ai pas un coeur de pierre, mais je suis une mère aimante qui respecte le choix de ses enfants même si je n’approuve pas le suicide. Pour moi faire son deuil, ce n’est remplacer mon fiston ou étouffer ma fille pour compenser l’absence de son frère. L’aîné de mes petits enfants qui l’a bien connu et vécu en osmose avec lui (enfant précoce mais extraverti) n’a pas encore toutes les réponses à ses questions connait le pourquoi mais pas le comment. C’est trop tôt et violent. Mais pour se souvenir des bons moments il est important de lui parler de son oncle, de ce qu’ils faiaient ensemble. C’est une forme d’apaisement.
    En donnant la vie, on donne le début de la vie mais aussi la fin.
    Je vis en paix avec mon fils, sans larme notre goéland à pris son envol…… Il est libre. C’est aussi une forme de réconfort pour nous. J’ai plusieurs témoignages de personnes ayant fait une TS ou plusieurs. La TS est un appel au secours, mais lorsque c’est un suicide loupé les personnes m’ont dit qu’ avant le geste inéluctable, ils étaient en paix , préparaient tranquillement leur départ sans conscience du risque de se louper et d’être handicapé ou de souffrir. Cela m’a réconforté. Effectivement avant le départ, mon fils s’était préparé un bon repas qu’il n’a d’ailleurs pas fini, et manifestement il a dû se dire bon , j’y vais. Le deuil s’est fait rapidement , d’une part par la rapidité des formalités, mise en bierre et petite cèrémonie puis incinération. Il est mort un mardi, incinéré le samedi matin . Le lundi matin nous vidions son appartement en gardant quelques objets. Il fallait balayer la douleur. Le deuil était bien avancé. Voilà…..

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