Faire son deuil comme on fait sa lessive

 

Faire son deuil est un but que l’on doit atteindre, un point final à une étape. Comme si un beau matin, on allait se réveiller en se disant « C’en est fini, j’ai fait mon deuil ! ». D’autant que la pression sociale est forte. Il n’est pas de bon ton de ne pas encore avoir fait son deuil dans cette société de performance où tout doit être lisse et parfait.

On devient alors un compétiteur sur le chemin du deuil !

 

Il suffit de parler de l’être disparu, de souvenirs qui remontent à la surface, d’une aventure amoureuse qui se solde par un échec….. pour que vos proches vous affublent de la mention « N’a pas fait son deuil » !

 

Et peu importe le nombre des années qui s’est écoulé depuis la perte de l’être aimé.

 

Je ne sais pas vous, mais cette phrase a le don de faire bouillonner en moi une foule d’émotions :

 

  1. Tout d’abord la culpabilité

Je me sens coupable de ne pas atteindre ce graal qu’on appelle faire son deuil. Qu’est-ce que je fais donc de mal ? Qu ‘est-ce que je ne fais pas ? Qu’est-ce qui, dans mon comportement laisse à penser cela ?

Je me sens coupable de parler de mon défunt mari.

  1. La baisse d’estime de soi

Il me semble que je suis jugée et notée, comme si je passais l’examen de passage de « l’après-faire son deuil ». Tout me renvoie « tu n’es pas capable de faire ton deuil ». Ca sonne comme un échec qui ne dépend que de moi. Je suis apparemment incapable de passer cette étape.

Je ne me sens pas à la hauteur.

 

  1. La colère

Comment peut-on se permettre d’émettre un tel jugement ? Qu’est-ce que cette personne y connaît au deuil ?!

Je suis en colère de ne pouvoir m’exprimer librement.

 

Il faut qu’on arrête de culpabiliser les endeuillés, sous prétexte qu’on doit balayer la mort parce qu’elle dérange la société. Je revendique le droit qu’on nous permette de vivre avec cette mort qui nous a touchée de près. Parce qu’on vivra toujours avec. Elle fait partie de notre vie. Je revendique le droit d’en parler.

 

Un endeuillé ne pourra jamais mettre un terme à son histoire commune avec le défunt puisque cette histoire fait partie de sa vie. On ne peut pas oublier des souvenirs, les effacer… Nous ne sommes pas des machines sur lequel nous pouvons appuyer sur un bouton « reset ». Je crois bien au contraire que ce serait profondément dommageable pour le bien-être et le développement de l’endeuillé.

 

Parler du défunt ou se souvenir ne signifie pas que l’on vit dans le passé, que l’on n’accepte pas la mort, que l’on nie l’absence.

 

Non, je suis convaincue que l’on construit son avenir sur la force de son passé.

Faire son deuil, ne serait-ce pas tout simplement ressentir la douce présence en soi de l’être cher qui nous porte à continuer à vivre ?

Corine Fauquenoi

2 commentaires

  1. comme c’est vrai et bien ecrit ! on se sent toujours jugé, peut etre a tort…si on rit, si on a des moments de bonheur on culpabilise, on se dit ils vont dire que je l’ai oublié, si on se morfond, on va dire de nous, il n’avançe pas…comment trouver un juste equilibre, comment leur expliquer qu’on vit a present avec un trou dans le coeur, un membre en moins, qu’on peut balancer entre les larmes et les rires d’une minute a l’autre, que l’on vit mais qu’on n’oublie jamais…

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