De la poussière d’or pour réparer les vivants

Je suis à un cours de sculpture aux Arts Décoratifs et je casse un petit personnage que je viens de réaliser. Je suis triste. La professeure me demande si j’ai entendu parler du Kintsugi, cet art japonais du XVé siècle qui consiste à réparer les céramiques brisées avec de la laque saupoudrée d’or. Je ne comprends pas. Elle s’explique : la cicatrice devient constituante de l’oeuvre, elle la magnifie, lui donne un second souffle et crée même une valeur supérieure à celle de départ. La fêlure réincarne l’originel et permet la renaissance.

J’ai une révélation. Le Kintsugi et sa jointure d’or sont une extraordinaire parabole de la consolation. Ce qui se casse ne doit pas être jeté. Ce qui se brise peut connaître la renaissance. Ce qui est interrompu peut continuer autrement. Rien ne sert de masquer les fêlures, il faut savoir les révéler. Réparation, réconciliation, consolation.(….) Devant mon personnage en miettes, ce jour-là, je prends conscience de ce qui m’a tant manqué : saupoudrer ma cicatrice avec de l’or.

Stéphanie Bonvicini – Consolations

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *